À trop chercher l’amour

21 décembre 2016

Par Justine

Catégorie : Articles

Il paraît qu’admettre un problème, c’est déjà faire un grand pas dans la bonne direction.

Eh bien j’en ai un gros, qui frise l’obsession depuis laide lurette. Je l’avoue ouvertement pour la première fois – rares sont les proches dans le cercle du secret, de ma maniaquerie.

Alors voici.

Quand je publie quelque chose sur les réseaux sociaux, je perds un peu la raison.

Un peu.

Beaucoup.

Passionnément.

Oh, mais parfois, c’est assez innocent. Je dépose un truc sur mon Facebook personnel, et je passe la soirée, entre deux conversations, à voir si les gens approuvent. Si les gens aiment. Je ne me prends pas encore la tête, non non non. Je ne fais que me demander, coudonc, c’est quoi, je ne suis pas assez jolie sur celle-là pour récolter plus qu’un maigre dix pouces vers le haut? Je vieillis, peut-être, je deviens beige.

Rien de (trop) anormal, hein, à l’ère du 2.0 où l’on veut toujours se montrer sous notre plus beau jour. Si par malchance vous cliquez sur le lien, oui, j’admets aussi que je me contredis royalement par moments.

Là où ça devient plus problématique, c’est quand j’écris un texte de mon cru, personnel, comme lui que vous lisez ou scrollez avec ennui. Élément déclencheur de la dérape mentale. Car mes mots, je les ai toujours vus comme le prolongement de moi-même. Un autre problème, dont je ne discuterai pas ici, qu’à peu près tout langagier connaît.

Alors j’écris ce texte dont je suis assez fière, et voilà qu’il part faire son chemin dans le social. Je devrais le laisser voler de ses propres ailes et vaquer à mes occupations dans le réel, mais je n’aurais pas un problème si tout était si simple. Plutôt, je mets littéralement le temps – ma vie – sur pause.

C’était assez intense quand je collaborais au blogue Ton Petit Look. Je connaissais la date de publication de mes articles, et le jour venu, j’attendais que le fameux billet apparaisse en ligne, puis j’entamais ma ronde de surveillance. Combien de vues après une, deux, trois heures? Combien de likes sur la page Facebook? Combien de partages, combien de commentaires? Les fois où ça explosait, je flottais sur un nuage, convaincue que j’étais la meilleure. Les fois où ça stagnait, je sombrais dans une triste mélancolie à rafraîchir un onglet en me traitant de bonne à rien.

Et c’est assez intense avec le blogue d’Edgar aussi, parce que j’en gère en plus la page Facebook. C’est dire que j’ai accès à toutes les statistiques. Toutes. Je peux voir le nombre de clics, le nombre de partages, le nombre de likes, le nombre de personnes exposées à la publication. À l’heure où je rédige ceci, je surveille maladivement le « rendement » d’un de mes billets. Et je me trouve pathétique.

Pathétique, car tout ce cirque me torture pour rien. Ma tête sait que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Mais mon cœur d’insécure* aime trop se faire dire « je t’aime », il en oublie que les mots lancés dans le vent ne lui appartiennent plus. J’en oublie que j’ai du plaisir à écrire, point, et que c’est la seule chose qui devrait importer. Que tous les likes du monde ne font pas de moi un être plus accompli, et merde, que je dois juste lâcher prise et savoir quand tirer la plogue. De toute façon, ma mère adore tout ce que j’écris, et quel meilleur baromètre qu’une mère au jugement aucunement subjectif.

Bref.

J’ai un problème. Je l’admets. Et je ne surveillerai même pas les statistiques pour ce billet – voyez ça comme une tentative de thérapie.

Ah, et tant qu’à faire, ne l’aimez donc pas, histoire que je forge ma carapace et mon gros bon sens.

Ah, et tant qu’à faire aussi, joyeuses Fêtes.

 

* Allô, les dicos. Il serait temps que vous reconnaissiez le mot « insécure ». Merci.