Dans l’ombre

4 février 2019

Par Fanny Jane

Catégorie : Articles

Eille, toi! Oui, toi, la bienveillante, la salvatrice, la sainte nitouche! On a quelque chose à te dire. Ça fait des années qu’on a un problème avec toi. On a une petite crotte sur le cœur, comme dirait l’autre. Oui, oui : on a un problème avec toi, qui as un passé blanc comme la neige ou le coton, un vécu somme toute banal et qui, aujourd’hui, se porte à notre défense.

Nous, les violentés, opprimés et autres malmenés de ce bas monde. Ceux que tu nargues jour après jour après jour à étiqueter ainsi.

Savais-tu qu’on n’aime pas trop quand l’entière déclinaison de notre être se résume à un mot?

Qu’on a une voix, une tête et une colonne, qu’on est capables de parler pour soi-même, de penser par soi-même et de se tenir droits, tout seuls et sans ton aide?

Et qu’on déteste quand tu traficotes notre histoire, notre bagage, nos démons pour ensuite nous servir, à nous, et imposer aux autres ta version prémâchée des faits, ton opinion d’une réalité qui n’est pas tienne et tes règles taille unique qui tuent l’individualité de chacun?

Savais-tu que ta marotte sans détour, on la trouve aseptisée, que si tu t’aventurais dans le fin fond de notre pensée, tu y trouverais sûrement une plénitude où s’entrechoquent des contradictions inavouables, un abysse existentiel qui donne le vertige?

Savais-tu qu’on en a marre de te voir te complaire dans ta certitude que tout le monde pense pareil, pareil à toi, et dans ton ouverture qui se veut vaste, grandiose et en avance sur son temps?

Que ta vision te permet de voir si loin que tu en oublies tes œillères et lynches à l’aveuglette tout ce qui se trouve dans ta périphérie, en marge de tes élans?

Savais-tu que toi, l’irréprochable juché sur sa blanche bienveillance, tu nous muselles tous avec ton pacifisme borné et implacable, et que ta protection volontaire et non sollicitée fait de nous une classe sous tutelle?

On n’est pas une bande de brebis égarées en manque d’un berger et on n’a pas envie de vivre sous ton utopie édulcorée, dans ton univers aquarelle où la simple possibilité que l’ombre d’un loup nous effraie n’existe plus.