Kamikaze

10 juin 2015

Par Edgar

Catégorie : Articles

Jessica Chouinard

Non, je ne compte pas vous parler de terroristes, ni des pilotes japonais qui se sacrifiaient pour la patrie pendant la Deuxième Guerre mondiale. Même si ce mot d’origine nipponne (signifiant « vent divin ») arbore un sens plutôt sombre de nos jours, ce n’était pas exactement le cas au départ. Voici la petite histoire du terme.

Il faut pour cela remonter loin dans le temps, autour des années 1266-1281, à l’époque où les Mongols faisaient conquête après conquête en Eurasie. Ils avaient maintenant atteint la côte à l’Est, plus précisément la Corée, et avaient des vues sur le Japon.

Pour la première fois de son histoire1, le pays2 était confronté à une menace d’invasion.

En bons diplomates, les Mongols envoyèrent à plusieurs reprises des ambassadeurs pour faire connaître leurs intentions et mettre la pression sur le pays. (Après tout, pourquoi se battre si on peut inciter l’ennemi à capituler?) Mais les Japonais ne s’en laissèrent pas imposer… et ces missions se soldèrent toutes par un échec. Les Mongols se préparèrent à attaquer.

Les détails varient un peu selon les sources, mais on dénombre deux débarquements des Mongols au Japon, plus exactement dans la région de Kyushu, la partie la plus au sud de l’archipel. Le premier débarquement, en 1274, plus ou moins organisé, n’a pas duré bien longtemps et semble plus s’apparenter à une mission de reconnaissance. Par contre, en 1281, les Japonais ont eu droit à la totale : cette fois, les troupes mongoles étaient bien coordonnées et arrivèrent en nombre écrasant.

Les combats battirent leur plein pendant quelques jours. Les historiens ne s’entendent pas à savoir qui serait sorti vainqueur de cette guerre si elle s’était poursuivie, car les textes de l’époque se contredisent selon les camps. Néanmoins, c’est à ce moment que le « vent divin » intervint.

Un typhon. Un bête typhon que les Mongols ne pouvaient pas prévoir. Comme leurs troupes ne se trouvaient pas sur la terre ferme à son passage, la tempête fut dévastatrice. La majeure partie de la flotte fut détruite, laissant les quelques survivants à la merci des Japonais, qui ne firent d’eux qu’une bouchée.

C’est ainsi que le Japon fut sauvé de l’invasion. Par la suite, les Mongols voulurent bien mener d’autres attaques contre l’archipel, mais ils étaient affaiblis par des problèmes internes. Leurs efforts tombèrent à l’eau, et bientôt ce fut l’empire mongol lui-même qui s’effondra. La menace qui pesait sur le Japon s’envola du même coup.

Et voilà : à l’origine, le « kamikaze » était un typhon arrivé bien à propos pour la nation japonaise. Un vent divin synonyme de salut et d’espoir. Rien à voir avec des terroristes ou des pilotes d’avion suicidaires. Dommage que son sens ait été aussi distordu au fil du temps, vous ne croyez pas?

 


1 Si l’on fait fi de l’occupation américaine après la Deuxième Guerre mondiale, le Japon n’a jamais été envahi par une nation étrangère.

2 J’utilise le terme « pays » par convenance, mais en fait le Japon n’était pas réellement un pays à l’époque, car il était encore divisé en de multiples domaines. Ce n’est que vers les années 1600 que le territoire a été unifié.