Langues en miroir

18 juin 2015

Par Edgar

Catégorie : Articles

Jessica Chouinard

Connaissant plusieurs langues à des niveaux divers (anglais, japonais, espagnol, allemand, russe), je suis toujours fascinée de découvrir des similitudes inusitées entre certaines d’entre elles qui n’ont pas de lien apparent. Bien entendu, on peut expliquer quelques-unes de ces ressemblances par un rapprochement culturel, mais pas toujours.

Prenons par exemple le russe, dont plusieurs mots semblent calqués sur le français :

avtomobil Автомобиль (automobile)
analiz Анализ (analyse)

etaj Этаж (étage)

mikrob Микроб (microbe)

gazon Газон (gazon)

gripp Грипп (grippe)

Étrange, direz-vous? Eh non. En fait, cette similitude n’a rien d’étonnant : au XIXe siècle, les membres de la noblesse et de la bourgeoisie russes affectionnaient particulièrement le français, ponctuant ainsi souvent leurs phrases d’expressions de la langue de Molière. D’ailleurs, si vous êtes féru de romans russes de cette époque (Gogol, Dostoïevski, Boulgakov, Tolstoï), vous aurez probablement remarqué que les notes du traducteur « En français dans le texte » sont assez courantes dans ces ouvrages. Voilà un mystère de résolu.

Mais d’autres cas sont loin d’être aussi évidents. Une première coïncidence singulière : le verbe « regarder » en espagnol (mirar) et en japonais (miru 見る). Comme « ar » est une terminaison courante en espagnol, de même que « u » en japonais, c’est donc dire que ces verbes ont le même radical. Une ressemblance troublante… et inexplicable, car l’Espagne et le Japon ne sont sûrement pas reconnus pour leurs liens étroits, ni à l’heure actuelle ni par le passé.

Qui plus est, il y a quantité d’expressions françaises qu’on retrouve quasi mot pour mot dans la langue japonaise :

« Il n’y a pas un chat. »
neko ippiki mo nai 猫一匹もない
Traduction littérale : Il n’y a même pas un chat.

« Rira bien qui rira le dernier. »
saigo ni warau no wa 最後に笑うのは
Traduction littérale : Qui rira le dernier?

« Le calme avant la tempête. »
arashi no mae no shizukesa 嵐の前の静けさ
Traduction littérale : idem

« Le gazon est toujours plus vert chez le voisin. »
tonari no shiba wa aoi 隣のしばは青い
Traduction littérale : Le gazon du voisin est plus vert.

Encore ici, la théorie du lien culturel ne tient pas la route. Et puis, pourquoi un chat? Il y avait plein d’autres possibilités, et pourtant les Japonais se sont arrêtés sur le même animal que les Français. Simple coïncidence? Difficile à dire.

Comme quoi, malgré leurs différences, les langues de la planète ont plus en commun qu’on pourrait le croire de prime abord…