P.-S. Regarde pas les fautes

13 mars 2018

Par Edgar

Catégorie : Articles

Marie-Eve Castonguay

À une certaine époque, on s’échangeait en classe des feuilles lignées plutôt que des textos. (C’était bien avant l’ère du correcteur automatique.) Souventes fois alors m’écrivait-on ceci : « P.-S. Regarde pas les fautes. »

Sourcillement : je ne vais pas ne pas les voir – c’est impossible. Mais corriger les gens?

Encore aujourd’hui, certains semblent le craindre. Des amis m’avouent relire attentivement les courriels et messages textes qu’ils m’envoient, ponctuer leurs phrases exprès.

C’est que je suis de ceuzes qui ponctuent leurs textos. Qui prennent trois secondes de plus pour insérer l’espace devant les deux-points. Je ne vous dis pas l’étendue de ma frustration qu’il n’y ait pas de guillemets français sur mon téléphone.

Oui, je suis réviseure – ou, comme le disent certaines gens, « bonne en français ».

Et oui, je grince des dents lorsqu’un média québécois, a fortiori sur le Web, s’entête à glisser un grand espace devant ses petits points d’interrogation.

Bon, disons-le franchement : oui, je suis snob.

Seulement je ne crois pas avoir déjà humilié repris quelqu’un qui ne l’aurait pas cherché.

Un journaliste? Certes – c’est son métier, et l’on présume que le texte a été révisé.

Un enseignant? Oh! Avec grand plaisir.

Mais un commis? un quidam? un ami? Non.

Question de contexte, comme le disent les langagiers. La pompière, son travail, c’est d’éteindre des feux, pas de rédiger une dissertation sur Neige noire d’Hubert Aquin. Le chroniqueur, qui a tout intérêt à bien maîtriser la langue pour faire passer son message, eh bien s’il fait une faute, c’est comme s’il se présentait à la télé avec du ketchup sur sa chemise.

Politesse, de part et d’autre : ce serait impoli, voire classiste, de reprendre quelqu’un dans un contexte non professionnel; c’est impoli, pour le professionnel dont la langue est l’outil, de faire preuve de laxisme grammatical.

Vous savez quoi? Ça m’arrive, dans mon quotidien, d’employer une impropriété. Ça arrive à mes collègues aussi. (Méfiez-vous de quiconque affirme ne jamais faire d’erreur.)

Porteriez-vous en tout temps un tailleur chic? Non? Voilà.

Toujours est-il que je ne mords pas. Mes collègues non plus.

Mais on est ben d’adon pour vous expliquer une règle d’accord de participe passé, par contre.


P.-S. Au moment de publier cet article, Héma-Québec n’avait toujours pas corrigé l’erreur dans son questionnaire.